...MOT A MOT...

Je pars

 

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Je pars.

Les quelques barrières mises en travers de mon chemin sont brisées. Mon esprit résistera aux paroles stridentes et castratrices qui m’ordonnent de rester. Je ne les écoute plus. Je sens sa voix qui m’appelle. Je ne suis plus moi-même et je pars.

Je suis en vie. J’entends les ondes d’une mer déchaînée. J’entends l’appel des tempêtes. J’entends le calme terrestre.

Dans cet étroit tunnel, je pourrais me perdre. Mais je lui fais confiance. Elle m’a dit qu’elle ne viendrait pas tout de suite. Faire confiance à la mort. Jamais je n’aurais osé avant. Jamais je ne lui aurais donné une seule vertu. Me voilà face à elle, face à ses exigences. Je la défie puisque je pars. Loin de ses tentacules venimeux. Je pars pour mieux revenir.

Je cours, je racle les fonds boueux de sols mille fois foulés. Je vole, je nage, je me noie, je ressuscite. Je veux y croire. Je vais la suivre. Je vais la vivre, avec son bon et son mauvais.

 

Je défaille quand je pense à celle que je vais attendre là-bas. Là-bas c’est la vie qui domine. Comme dans un espace bénéfique qui n’aspire qu’à redonner vie aux âmes en perdition.

 

Je suis moi, j’agis, je tremble, je donne sens aux alentours, vie aux gens que je croise. Là-bas, où la couleur est reine, où la couleur sera ma compagne, ma maîtresse qui m’enveloppera de ses bras de plaisir. Je n’ai plus rien à perdre. Ou je rêve de tout perdre pour elle.

Me perdre dans la foule, me retrouver chez elle, partager sa musique, m’envelopper dans ses amours passés et me dire que j’ai tout à gagner à ses cotés désordonnés. Me connaître moi-même, donner de mes attentes, de mes joies, de ma peau, de ma chair et délier ces langues qui ont pris un goût de désir secret. Me rapprocher au maximum, ne plus sentir l’espace, si infime soit-il, qui peut encore pénétrer entre nos deux corps.

 

Je cherche une place. Une place dans ce train qui dévalera sans peine ces plaines et ces villages. Intime passerelle. Infini temporel. Inépuisable tangage.

Un refuge, une cachette, un fil tendu vers l’avenir, une nature qui ne maîtrise plus rien, un rythme qui se débarrasse du calme qui aurait pu m’envahir.

Ma bulle. Tous ces yeux qui me regardent, ces bouches qui se plissent, qui ont peut-être compris où me mène ce voyage. Toutes ces jambes qui se lacent et se délacent devant un moi parti. Savent-ils que je ne les vois plus ? Leurs vies n’ont de saveur que celles qu’ils leur connaissent. Je n’essaierai pas de pénétrer leur âme, je suis trop loin déjà. Ce jeu ne me plait pas aujourd’hui. Je n’ai pas envie d’eux. Je ne les entends pas.

 

Je suis seule sur mon banc. Leurs ombres comme une image floue qui tente de disparaître. Ils voudraient me toucher mais je suis bien trop loin, bien trop emplie de sa lumière à elle. On vit en décalage. Je suis descendue de ce train avant qu’ils ne soient montés. Jamais ils ne m’ont vue. Tout au plus, ils m’ont devinée, ils ont deviné le fantôme que j’étais pour eux, l’être de chair que je voudrais être pour elle.

 

Je cours à vide. Je suis obligée de m’occuper, d’anéantir ce bout de temps qui ne cesse de ralentir, obligée d’oublier ces espaces qui m’éloignent de celle de qui je ne sais encore rien.

 

Je cours vite. Je crois l’apercevoir. Comme dans ma réalité. Elle me tend sa joue avant de m’emporter sans même le savoir. Elle s’ouvre à moi sans que je puisse pour autant entrer dans son cœur. Comme dans ma réalité… mais ce n’est pas elle. Je le savais.

C’est uniquement quand sa présence m’envahit, quand je fus obligée de détourner mon regard de ce mélange des genres indifférent, que je sus que c’était elle. Le rythme s’accélère, mon sang voudrait s’enfuir de mes tempes, mes jambes vont-elles me mener jusqu’à ce délice, là, devant moi ?

Je ne sais plus qui je suis.

Je ne serai sans doute jamais plus la même.

Je fais semblant de l’ignorer. Comme si je ne savais pas que le début commence

ici, laissant la fin derrière moi, derrière un mur qu’elle ne pourra jamais plus franchir… Une légèreté, un battement, des notes déjà remplacent ce vide établit entre nous.



Article ajouté le 2009-04-06 , consulté 17 fois

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